BULGARIE: LA SYMBIOSE MAFIA-POUVOIR ПДФ Печат Е-мейл
Вторник, 17 Юни 2008 07:11
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BULGARIE: LA SYMBIOSE MAFIA-POUVOIR
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Le sort des protagonistes
Et après...
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La lecture qui suit est un rapport d'investigation anti-mafia, contenant des transcriptions d'écoutes téléphoniques. Il a été publié par l'hebdomadaire bulgare Kapital le 21 mars 2008 et a déclenché un scandale au sein du Ministère de l'Intérieur qui s'est soldé par l’arrestation du directeur adjoint de la section anti-mafia de la police nationale et par la démission du ministre de l’Intérieur Roumen Petkov.

Le document montre clairement qu'une symbiose existe entre les milieux du crime organisé, le monde des affaires et la police anti-mafia. Et selon les analystes, ce n'est que le sommet de l'iceberg qu'on y entrevoit.

Nous avons traduit et publions ce texte en français afin que les contribuables européens se rendent compte de l'étendue de la corruption qui gangrène le pouvoir en Bulgarie.

Le document est intitulé en bulgare: “Spravka”, qui veut dire "rapport" ou "procès verbal", mais son sens littéral le plus proche est “ajustement”. Dans la société bulgare où les puissants du jour sont au dessus des lois circulent toutes sortes de bruits et des “oui dire”. Cette “spravka”, au départ un document secret, a permis de voir juste. Elle a mis au grand jour les fiançailles de la mafia et du pouvoir. Le spectacle dépasse l’imagination.

Nous insistons sur le fait que cette symbiose n'est pas un effet de bord accompagnant la transition démocratique. C'est l'instrument, mis en place de manière raisonnée par les hommes des structures de l’ancien Service de Sécurité d'Etat communiste (DC) avec un double objectif: conserver des positions-clés dans l'économie, le pouvoir et les médias pour les anciennes élites communistes et leur descendance, et faire passer devant les élites occidentales l'illusion de leur légitimité démocratique.

Le premier objectif est atteint. Les hommes d’affaires les plus riches et les propriétaires ou rédacteurs en chefs des médias les plus populaires ont un CV qui commence par un service au sein de la DC. Récemment, la Commission d’accès aux archives de l’ancienne Sécurité d’Etat a publié la liste des politiques ayant travaillé pour la DC : parmi eux, deux ex-Premiers ministres et le Président actuel. Il en résulte ce qu'on appelle aujourd'hui une oligarchie, très proche du modèle post-soviétique en Russie.

Le deuxième objectif est sur le point de se réaliser. Il y a des élections sous l'étiquette "démocratiques" mais pour éviter les surprises, on paye les électeurs sous la table 30 à 50 euros la voix. La législation bulgare a l’air d’être celle d’un pays européen, mais les lacunes dans plusieurs domaines stratégiques, tels le financement des partis, les marchés publics, les concessions, le conflit d’intérêt etc., laissent intactes les possibilités d’abus. Pour toutes ces raisons, les médias dits "libres" se font très discrets quand il faut faire couler l'acide sur les plaies des scandales.

Comme si cela ne suffisait pas, l’ambassadeur de Bulgarie auprès de l'EU est un ancien fonctionnaire de la Sécurité d'Etat. Les agents de cette organisation criminelle siègent au Parlement européen.

Criminelle, la DC l'est à plusieurs titres. Dans le passé, elle a tué des dissidents (Georgi Markov, par la parapluie bulgare à Londres en 1978) et persécuté la pensée libre. Plus récemment, elle a organisé des trafics souterrains pour renflouer l'Etat communiste en faillite.

Ces trafics d'armes et de drogue et la contrebande étaient le fond de commerce le plus précieux de la DC et lui ont survécu. Ils fonctionnent toujours; sous la couverture des politiques, ils alimentent les caisses des partis via un réseau au sein duquel, comme vous allez lire, les bandits, les "businessmen" et les flics "font miam-miam ensemble".

Les chancelleries occidentales et les commissaires de Bruxelles en savaient long, mais ils ont fermé l’œil. Résultat des courses, la Bulgarie est gouvernée par une oligarchie héritière de la DC et qui puise dans ses sources de revenus criminels.

Est-ce clair, ou faut-il insister davantage ? Le pouvoir de l'époque communiste est bâti sur les représailles et le sang de démocrates et opposants, médecins et ingénieurs, intellectuels et artistes, enfin, sur le sang de paysans ordinaires ; sa fortune récente sur la contre-bande, le trafic de drogue, la racket et les jeux.

L'Union Européenne a fait preuve de laxisme. Elle a admis la Bulgarie comme membre de plein droit au nom de on ne sait quel enjeu géostratégique. Ce faisant, elle a abandonné la société civile bulgare, les gens honnêtes, les gens qui se sont battus pour les principes démocratiques et grâce à qui le pays connaît une fragile liberté d'opinion. Ce "peuple de droit", confronté à et largement dépassé par la puissance du nouvel « establishment », espérait que l'UE ne fléchirait pas et imposerait ses règles de manière ferme. Il n'en est rien.

Un an après l'adhésion de la Bulgarie, le pot aux roses a été découvert par le contribuable européen. Son argent, destiné à aider les contrées les plus démunies de l'Europe a atterri dans les poches de l'oligarchie criminelle bulgare. Scandale? C'était pourtant prévisible.

Mais là encore, les commissaires européens s'apprêtent à donner un sursis à l'oligarchie et ne sont pas disposés à se servir des rares instruments de blâme dont ils disposent.

L'Union Européen a pourtant la possibilité de geler le pays politiquement et d’exiger un changement de régime. Elle l'a fait pour punir la rhétorique nazi de Heider en Autriche et l'a bien chassé du pouvoir.

Les faits qu'on peut imputer à l'oligarchie bulgare sont-ils plus acceptables? Rappelons qu'il ne s'agit pas d'une rhétorique, mais d'actes concrets : 120 meurtres à gage non élucidés depuis 2001, abus de fonds publics qui se chiffrent à des milliards d'euros, y compris des fonds européens. Ajoutons la mainmise sur les médias "à la Poutine".

Cette lecture est destinée avant tout à la société civile européenne et aux médias, dans l'espoir qu'une opinion publique mobilisée peut secouer les eurocrates afin que des vraies sanctions soient imposées au gouvernement et à la classe politique bulgares.

Il ne faut pas croire aux pleurs des hommes politiques bulgares qui menacent l'Europe d'instabilité si leur clique est chassée du pouvoir. Ne croyez pas non plus à leurs promesses de combattre le crime organisé. Croyez-vous qu'ils vont se combattre eux-mêmes?

Laissez cette naïveté au commissaires européens. D'ailleurs, est-ce vraiment de la naïveté? L'ex-commissaire à l'Intérieur européen Mr. Franco Fratini n'a t-il pas skié en Bulgarie au frais du contribuable, lors d'une visite de travail, avec l'ex-ministre de l'Intérieur Roumen Petkov, surnommé "Le Briquet" par le milieu? C’était en février 2007. Certains médias bulgares et même le très sérieux Financial Times s'en sont indignés. Il était question de boîtes de nuit, de mannequins, de photos...

Etait-ce le feu long du "Briquet" ou la complicité du "miam-miam ensemble"... mais le fait est que quelques mois plus tard, Fratini a surpris les pays membres avec un rapport très clément sur la Bulgarie, en dépit de l'évidence que la lutte contre la mafia piétine.

Vous ne voyez pas le lien? Lisez donc la suite.



 
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